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Annus horribilis

Les arrachages de betteraves se poursuivent  et apportent avec eux leur lot de déceptions. L’automne exceptionnellement chaud et sec continue de frapper durement nos productions. Alors qu’en cette période on observe habituellement une progression des rendements, dans de nombreuses régions cette croissance s’est arrêtée. Compte-tenu des conditions des prévisions météorologiques, toute chance de rattrapage devient de plus en plus hypothétique. Certaines régions ont été par ailleurs durement touchées par la cercosporiose et la présence de teignes. La filière a demandé à l’ITB d’investir massivement dans la recherche de solutions pour sortir au plus vite de l’impasse technique actuelle. Au niveau de la France on estime une
baisse moyenne de 15 à 20 % de chute de production par rapport à l’an dernier, certains planteurs ayant été plus fortement touchés ! Cela met une nouvelle fois en lumière tout l’intérêt d’avoir à disposition des assurances récoltes qui se déclencheraient dès 20 % de perte. Dans le cadre de la PAC post 2020, cette évolution est incontournable. Espérons que notre nouveau ministre de l’Agriculture prenne la mesure du besoin vital d’avoir des outils assurantiels indispensables pour nous protéger des pertes de rendement liées au changement climatique et aux interdictions successives des produits de protection des plantes. Les prix du sucre ont progressé sur le marché mondial en gagnant 35 % depuis le 26 septembre dernier. Nous sommes encore loin de pouvoir nous satisfaire de cette situation mais c’est un signal positif. Preuve qu’il ne faut pas céder au défaitisme face à une conjoncture difficile, mais que gérer la volatilité des prix est un enjeu fondamental !

« Il ne faut pas céder au défaitisme face à une conjoncture difficile »

Récemment, le directeur du groupe coopératif Cristal Union appelait dans la presse à ce que les planteurs soient eux aussi sur les marchés. Chiche ! Nous travaillons dans l’interprofession à ce que soient mis à disposition de la filière des indicateurs permettant aux agriculteurs de s’adapter au marché, grâce à la construction de règles objectives de partage de la valeur dans le cadre des entreprises. De la même manière, ces règles sont un prérequis pour établir des modes d’établissement de prix diversifiés, par exemple en proposant des prix fixes ou minimum couverts sur les marchés à terme. A un moment où les planteurs ont besoin de visibilité pour leurs semis 2019 et où l’on sent bien que les entreprises sucrières peinent à nous fournir des propositions de prix, une rénovation des cadres contractuels semble plus que jamais incontournable pour se mettre enfin au diapason de notre nouvel environnement de marché.
ÉRIC LAINÉ