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Cher planteur,

Je viens de présider ma 11e et dernière assemblée générale. En 11 ans, nous n’avons pas à rougir de ce que nous avons réalisé : la betterave est une culture structurante tant agronomiquement qu’économiquement pour les exploitations de 26 000 planteurs. La France est le 1er producteur mondial de sucre et de bioéthanol de betterave, l’une des filières betterave-sucre les plus performantes en Europe et dans le monde. Aujourd’hui, 80 % de nos outils appartiennent aux agriculteurs dans le cadre des très belles entreprises que sont Cristal Union et Tereos. Mais il est vrai que nous sommes à une étape cruciale de la vie de notre filière où il nous faut repréciser notre ambition collective.
La filière a toujours exprimé cette volonté d’asseoir son développement sur des performances techniques solides tant au niveau industriel qu’agricole. Or, notre filière est mise en péril par des politiques publiques qui omettent trop souvent l’aspect économique quand il s’agit d’agriculture, sans pour autant offrir les leviers concrets et efficaces pour nous soutenir dans le soin que nous apportons à notre environnement. La nouvelle hausse de la Redevance pour pollutions diffuses (RPD) s’inscrit pleinement dans cette triste kyrielle de mesures injustes et punitives. Alors que pour cette campagne, de nombreux betteraviers vont voir leurs résultats durement affectés par des récoltes et des prix en berne, j’ai demandé à notre ministre de nous recevoir enfin, pour faire un bilan de cette 1ère année sans quota et pour réfléchir aux conditions d’un nouvel élan.

 » Il faut repréciser notre ambition collective « 

Loin de moi l’idée qu’il faille tout attendre de nos autorités publiques.
Elles ont un devoir de responsabilité vis-à-vis de leurs agriculteurs, de leurs entreprises et des territoires ruraux¸ mais c’est également et même surtout à nous, en tant que filière, de prendre les bonnes décisions. Retrouver une véritable dynamique interprofessionnelle de filière est indispensable à un moment où l’on doit affronter une terrible remise en question de notre modèle agricole et où l’on doit faire face à une féroce concurrence internationale. Le point de départ consiste à rétablir un projet commun et partagé entre agriculteurs et leurs deux porte étendards que sont leur syndicat et leurs coopératives.
La CGB a participé à la construction de nos deux belles entreprises coopératives et on ne peut que s’en féliciter. Il y a certes les sujets du moment sur la contractualisation ou sur l’exclusion injuste de coopérateurs. Et sur ce dernier point, si l’on peut se réjouir du jugement qui suspend l’exclusion des 3 planteurs de Tereos, on ne peut que regretter que ce soit la voie légale qui ait prévalu sur une conciliation.
En l’espèce, nous restons convaincus qu’un certain niveau de conciliation pour sortir rapidement de cette crise de gouvernance est nécessaire et quea voie proposée par le HCCA est plus que jamais sage et pertinente. Mais n’ayons pas peur de regarder au-delà. Dans ce tournant que notre filière connaît, il est plus urgent de repenser notre pacte entre syndicalisme et coopération, de repréciser notre projet, de rappeler nos valeurs et de définir comment chacun y contribue.
Vous le savez, ma conviction profonde est que c’est ensemble que nous sommes plus forts. C’est vrai pour nous agriculteurs, c’est également vrai pour le syndicalisme et la coopération.

ÉRIC LAINÉ