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Clair-obscur sur le secteur betteravier

Plusieurs de nos groupes sucriers ont communiqué ces dernières semaines sur des résultats financiers 2019-2020 difficiles, tout en indiquant des perspectives d’amélioration pour le prochain exercice.
La communication financière en temps de crise est un exercice délicat et impose naturellement de redonner des perspectives à l’ensemble des partenaires.

Il reste que, dans le cadre de ces communications, les messages portant sur la rémunération des betteraves sont restés pour le moins discrets. On doit pourtant constater qu’en 2019, le prix moyen de betterave payé en France est le plus bas que l’on ait connu de mémoire de betteravier. Ce constat est plus marqué encore dans nos coopératives qui, de manière inédite, vont moins bien payer les betteraves que tous les opérateurs privés.
Ces deux derniers exercices ont conduit nos entreprises à puiser dans leurs fonds propres pour assurer le fonctionnement de leur activité, fragilisant ainsi leur assise financière.
Dans le même temps, les programmes de rigueur budgétaire ont souvent conduit à une érosion des investissements dans nos sucreries, hypothéquant une partie de notre compétitivité future.

Il faut avoir la lucidité de constater que la filière française n’est pas la moins touchée d’Europe, comme en témoigne la fermeture récente de quatre sucreries. Il n’est pas question de se morfondre sur une situation difficile mais bien de réaliser un diagnostic réaliste qui doit mener à l’action.

Le prix moyen de betterave payé en France est le plus bas que l’on ait connu de mémoire de betteravier

Car si nos groupes sucriers indiquent retrouver un certain optimisme quant au prochain exercice, et certains éléments concrets tels que le maintien des prix du sucre européen, des valorisations éthanol, alcool ou pulpes prometteuses le justifient, les embûches demeurent : la covid-19 a entraîné une forte baisse du marché mondial et une incertitude sur les perspectives de consommation, la menace sanitaire sur nos betteraves liée à la jaunisse est gravissime, sans évoquer le risque lié à l’absence d’accord commercial post-Brexit…

Alors effectivement, nous n’avons à ce jour d’autre choix que de continuer à rechercher des marges de progrès dans nos fermes, nos entreprises sucrières et, au-delà, dans notre organisation de filière. Mais quand le gouvernement réaffirme le caractère stratégique de notre souveraineté agricole et industrielle il doit aussi s’engager au côté des filières : il y a près d’un an, nous avons initié la construction d’un plan de relance pour la filière dont le président de la République nous annonçait en février dernier qu’il serait coordonné par un délégué interministériel. Depuis, rien ou si peu…

Alors que l’on construit notre stratégie de relance pour l’Europe et la France, nos responsables politiques doivent y positionner l’agriculture et les territoires, et clairement la filière betterave-sucre-bioénergie y trouve toute sa place. Le besoin d’action et d’engagement devient urgent.