Accueil / Edito / Créons une véritable filière bio française

Créons une véritable filière bio française

Dans cette période d’incertitudes où nos modes de production sont décriés et remis en question par certains médias, des politiques, voire quelques catégories de consommateurs, le marché du sucre bio est en très forte croissance. L’idée d’un sucre de betterave bio local, équitable séduit bien évidemment les distributeurs, mais également les sucriers, qui feront en sorte d’être présents le plus rapidement possible dans les linéaires où le prix de vente de ces sucres dépasse bien souvent les 4 euros le kilo !

Les planteurs européens bio récoltent une moyenne de huit tonnes de sucre par hectare sur plusieurs années. Un petit calcul s’impose : sur ces bases, le chiffre d’affaires doit avoisiner les 32 000 euros à l’hectare ! L’étant moi-même, je connais bien les contraintes du paysan bio et elles sont nombreuses : une pression des bioagresseurs variable selon l’année, mais avec des moyens de lutte toujours limités, une concurrence des adventices fonction du succès du désherbage mécanique, lui-même lié à la climatologie du printemps, et un coût de production plus élevé qu’en conventionnel, notamment par une charge supplémentaire de main-d’œuvre, plus élevée en France que dans d’autres pays de l’UE.

Je connais moins les contraintes industrielles des fabricants, et encore moins celles des distributeurs. Pour autant, elles doivent être réelles, c’est certain. Ce qui me questionne, en revanche, c’est le chiffre d’affaires d’un producteur de betteraves bio en France cette année : environ 4 500 euros par hectare, soit 14 % du produit final. C’est peu 14 % ! Tout cela ne mériterait-il pas un débat public entre les différents acteurs de la chaîne ?

« L’agriculteur a besoin d’une visibilité quant à sa rémunération potentielle sur plusieurs années »

La CGB a le devoir d’accompagner la montée en puissance de la production de betteraves bio, mais elle a également le devoir de mettre en garde les planteurs concernés : le risque de faire une année blanche est réel, car l’expérience européenne démontre que les surfaces semées en betteraves bio ne sont pas toutes récoltées, bien souvent à cause d’un ravageur du sol.

Une solution pour pallier ce risque pourrait être la création d’une véritable filière betterave-sucre biologique. Cela commence par la nécessité de trouver les moyens de sécuriser l’agriculteur qui s’engage dans ce mode de production plus risqué. Alors que la culture bio s’inscrit dans des rotations longues, l’agriculteur a besoin d’une visibilité quant à sa rémunération potentielle sur plusieurs années. Des prix minimums incitatifs seraient donc bienvenus. Se pose alors la question de leur gestion.

Des contrats tripartites entre agriculteurs, industriels et distributeurs ne mériteraient-ils pas d’être étudiés ? Et puis, il y a le risque du rendement Zéro, qui est très fort en betterave bio. De la même manière, il s’agit d’étudier quels outils seraient les plus à même d’être efficaces : s’agit-il d’une assurance récolte adaptée à ces modes de production ? Ou peut-on imaginer des fonds filières dans lesquels agriculteurs, sucriers et acheteurs de sucre abonderaient pour protéger les maillons les plus en risques ? Indiquons que cela peut concerner l’agriculteur mais également le sucrier dont l’approvisionnement est plus fluctuant dans ce type de production. Bref, ce marché du bio en forte expansion peut offrir des opportunités mais expose également à des risques élevés qu’il s’agit de gérer.

Emmanuel Chevalier, Président de la commission bio de la CGB.