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Crise sanitaire sur crise sanitaire…

Notre pays est reconfiné pour la deuxième fois. Dans ces circonstances exceptionnelles, les Français vont constater à nouveau qu’ils peuvent compter solidement sur leurs agriculteurs, leurs filières agroalimentaires et, plus spécifiquement, sur leur filière sucrière, bioénergie et alcool.

Nous, agriculteurs, avons également une pensée pour les restaurateurs, qui valorisent notre patrimoine gastronomique, constituent des lieux de convivialité essentiels à notre société, et qui vont devoir une nouvelle fois  rester fermés. Cela étant dit, notre filière est confrontée à une situation rendue doublement complexe par la crise de la Covid-19 et par celle de la jaunisse. Les travaux d’arrachage se passent  dans des conditions rendues difficiles, avec des betteraves souvent très petites ou, dans certaines régions, dans des conditions climatiques humides, qui rendent compliqués les travaux des champs.
Les rendements catastrophiques observés dans de nombreuses parcelles nous laissent penser que les rendements pourraient être inférieurs à 70 tonnes par hectare, pour une production très nettement inférieure à 30 Mt de betteraves.

Dans les sucreries, la situation est délicate à gérer également. Entre le besoin de rééchelonner les livraisons du fait des tonnages  manquants, des qualités techniques dégradées des betteraves qui rendent difficiles leur transformation, ou encore la gestion des protocoles sanitaires pour éviter toute constitution de cluster, la situation n’est pas des plus simples. Dans ce cadre, nous ne pouvons que saluer le bon cheminement de la loi ouvrant une possibilité dérogatoire d’usage des néonicotinoïdes en enrobage des semences de betteraves.

À l’heure où je vous écris, un consensus a été trouvé entre sénateurs et députés au sein de la commission mixte paritaire.
Au moment où vous lirez ces lignes, je n’ose exprimer l’espoir que le texte aura été validé par les deux chambres. Je salue l’esprit de responsabilité qui a habité les parlementaires jusqu’à présent, dans le prolongement du courage politique exprimé par notre ministre de l’Agriculture.
Pourtant, il y a une véritable urgence à ce que le processus législatif et réglementaire se déroule au plus vite. Nous, betteraviers, devrons connaître au plus vite quelles seront les conditions d’usage dérogatoire des semences enrobées. Quand nos partenaires semenciers vont devoir, au plus vite, être prévenus des molécules qu’ils peuvent utiliser afin de s’organiser.
Si la solution technique constitue naturellement la base, il s’agit maintenant que le gouvernement s’occupe de manière urgente des indemnisations des planteurs comme il s’y était engagé. Les trésoreries des exploitations vont être extrêmement tendues. Il est fondamental que, dans les semaines qui viennent, les bons signaux continuent à être donnés pour accompagner le rebond de la filière.

La Tribune de Franck Sander – Président de la CGB