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Entendu en ce moment… En Europe, l’industrie sucrière doit-elle se restructurer ?

L’analyse du service Economique de la CGB

Certains disent haut et fort, en ce moment, que l’Europe sucrière, face à la crise actuelle, doit se restructurer. Qu’en pense la CGB ?

D’abord, rappelons qu’il y a deux types de restructuration qui peuvent se résumer soit par « on fait mieux », soit par « on fait moins » !
A l’échelle d’une entreprise, une restructuration vise à s’adapter aux évolutions économiques afin de sauvegarder sa compétitivité. En préambule, indiquons que dans le cas de fermetures d’usines, d’arrêts de bassins agricoles et de licenciements, cela doit se faire dans la concertation, le respect, et l’indemnisation des victimes de tels plans. La CGB sera vigilante sur ce point.

Cela dit, la fin des quotas renforce les exigences de compétitivité. Il est ainsi crucial pour chaque site industriel, chaque bassin betteravier d’optimiser son seuil de résistance au nouveau régime du marché et aux cycles de prix bas. A ce titre, optimiser le maillage industriel relativement à un bassin betteravier a du sens : il vaut mieux une sucrerie à 120 jours de campagne que deux sucreries à 60 jours pour un même bassin betteravier. Ce type de restructuration se déroule depuis de nombreuses années et le mouvement se poursuit avec la fin des quotas.

Ensuite, la restructuration peut s’entendre comme une adaptation de l’appareil productif à l’échelle d’un territoire et d’un marché pertinent. Certains considèrent que l’Union européenne doit se replier sur elle-même, d’autres qu’elle a une vocation exportatrice. Prenons l’exemple de la France : depuis la fin des quotas, le produit fini de 57 % de nos betteraves (sucre et éthanol) est hors de France comme le montre le schéma ci-dessous :

Sommes-nous donc en surproduction ? Pour la CGB, la France n’est pas en surproduction. L’Europe non plus : ces deux dernières campagnes, l’Europe doit importer du sucre du fait des mauvais rendements !

Rappelons que la moyenne 10 ans des cours mondiaux permet de rémunérer la betterave au-delà de ses coûts de production en France. Cela prouve que la France est une terre de betteraves et qu’il nous faut sécuriser notre capacité à produire. Mais on ne peut ignorer que le marché mondial, au plus bas, pèse actuellement sur le prix de nos betteraves. C’est à ce titre que l’on doit entendre la notion de surproduction. Il faut savoir s’adapter quand l’excédent mondial de sucre est trop lourd… En ajustant, dans des proportions raisonnables, les surfaces à la demande, ou même en diversifiant nos débouchés vers l’éthanol par exemple qui a un formidable rôle tampon. Cela permettra de retrouver de la rémunération sur le marché du sucre européen tout en réduisant notre exposition au marché mondial. Bien entendu, les outils de gestion des risques peuvent être également efficaces pour limiter les effets délétères des baisses de prix.

En conclusion, dire que résoudre la crise actuelle, au niveau européen, passe par la fermeture d’usines est trompeur. D’ailleurs, la plupart des industriels européens sont mobilisés pour maintenir leur appareil productif, et Nordzucker investi même en Suède. Que l’industrie européenne soit dans une phase de rationalisation est une chose, viser la décroissance serait une erreur. N’ayons pas peur de poser avec pragmatisme ces constats pour accompagner notre secteur et les agriculteurs dans cette transition. Et dans l’adversité ne perdons pas de vue les nombreux atouts de notre filière.