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Entre colère et amertume

Cristal Union, notre coopérative, vient d’annoncer la mise à l’étude du projet de fermeture de la sucrerie de Bourdon, la plus ancienne de France. 200 ans après son introduction, serait-ce la fin de la betterave dans l’Allier et le Puy-de-Dôme ?

On peut le craindre, mais c’est surtout une trahison pour les 400 planteurs cultivant, 5 000 ha de betterave sucrière. La betterave, atout agronomique et économique de nos exploitations. C’est vrai, d’autant plus qu’elle occupe une place importante pour isoler les cultures semencières, autre atout essentiel de l’agriculture des Limagnes…

Mais au-delà, c’est tout un écosystème qui est fragilisé. 350 emplois directs et indirects pourraient disparaître. Pour les éleveurs, c’est la fin de la pulpe surpressée dans le cadre d’une parfaite complémentarité entre filières végétales et animales. Économie circulaire, circuit court… Bref, un écosystème pertinent créateur de valeur pour notre région.

Cette annonce brutale, nous ne la comprenons pas. Dans une coopérative à section comme la nôtre, il y aurait eu une certaine logique à ce qu’une décision de cet ordre soit présentée et débattue au sein de notre conseil de section. Comment pouvons-nous, simples coopérateurs, être totalement exclus de réflexions et décisions aussi graves qui bouleversent nos exploitations ? Cela est d’autant plus incompréhensible que la fusion de la coopérative de Bourdon en 2012 avec le groupe coopératif Cristal Union devait permettre aux planteurs des Limagnes de bénéficier de la puissance d’un grand groupe pour mieux aborder l’avenir. Sept ans plus tard, on peut se demander où sont les engagements initiaux de Cristal Union ? Que sont devenues les perspectives de marchés annoncées ? Une des missions des coopératives est d’ancrer la production dans les territoires, de créer de la valeur sur le long terme pour leurs adhérents dans toutes leurs sections, même les plus fragiles. Où est la solidarité ? Certes les  conditions de marché sont terribles, certes notre région est confrontée à des difficultés agronomiques. Mais comment peut-on concevoir que dès la première crise, il faille accepter de sacrifier une partie des coopérateurs en occultant toute vision de long terme pourtant corollaire des principes fondamentaux de la coopération.

Face à cette situation, la CGB Limagnes est mobilisée pour défendre les planteurs auvergnats. Nous allons tout mettre en œuvre pour étudier tout projet permettant de pérenniser la production de betterave et de sucre dans la région Auvergne – Rhône Alpes. Nous avons la volonté de rassembler planteurs, élus locaux, régionaux et nationaux, organisations professionnelles, organisations économiques et administration pour relever un nouveau défi autour d’un projet collectif territorial permettant de passer ce cap difficile. Le défi est grand. Mais nous avons aussi des atouts à faire valoir. C’est ensemble que nous allons combattre pour maintenir ce précieux patrimoine industriel, agricole et alimentaire qui fait partie de
l’histoire auvergnate.

Régis Chaucheprat,
Président de la CGB Limagnes