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Filière semences : trésor national en danger

« Face à un monde qui change, il vaut mieux penser le changement que changer de pansement », soulignait Francis Blanche. Voilà ce qui guide la filière semences française quand la compétition est internationale et que se joue une part de notre souveraineté agricole. Inconnue du grand public, cette filière qui unit créateurs de variétés, multiplicateurs, producteurs et distributeurs est un trésor national. Elle fait partie des rares domaines économiques profitables à la France, au même titre que la cosmétique, l’aéronautique et le luxe. Excusez du peu.

Le Groupement national interprofessionnel des semences et plants (GNIS) aime à rappeler sur son site internet l’évolution de la balance commerciale de cette filière : positive de 950 millions d’euros en 2018, contre 450 millions en 2008. Pas mal pour des TPE et PME implantées exclusivement dans la France rurale !

« La France est le 1er exportateur mondial de semences »

« Il faut de l’eau, un terroir et des femmes et des hommes brillants et engagés », disait récemment un responsable de société de semences pour expliquer ce succès. Il faut aussi, nous confiait-il, des entreprises agiles au capital patient. La France possède ce carré d’as et rafle la mise sur la scène mondiale. Notre pays est actuellement le premier exportateur mondial et européen de semences. La filière semences est bien un trésor national, vous dis-je, mais, hélas, un trésor en danger. Pour comprendre la menace, faisons un détour par la technique génomique et le droit européen.

Comme vous le savez, la sélection végétale s’appuie sur l’utilisation de techniques d’amélioration des plantes. L’une d’entre elles, désormais incontournable, se nomme « NBT » (New Breeding Techniques). Les NBT permettent d’inactiver, de modifier ou d’insérer un gène au sein d’une même espèce. Nous sommes dans le domaine de la mutagenèse. Précisons que l’utilisation des NBT est à ce jour indétectable dans la plante améliorée. Les OGM sont l’insertion de gènes étrangers au sein du génome de l’espèce à améliorer. On parle alors de transgenèse qui est à l’inverse parfaitement détectable.

La Cour de justice de l’Union européenne, dans son arrêté du 28 juillet 2018, considère que les NBT constituent des OGM et sont, en principe, soumis aux obligations prévues par la directive sur les OGM, directive qui bloque l’utilisation des NBT. C’est une menace puissante et destructrice. Dans la pratique, rien n’empêcherait l’importation, sur le territoire européen, de produits agricoles issus de semences améliorées par les NBT (car indétectables) pendant que le droit européen contraint nos entreprises de sélection.

Là est la tragédie. Alors que les Européens, drapés de bons sentiments, palabrent, tergiversent et se déchirent sur cette innovation majeure, nos concurrents avancent, que dis-je, accélèrent. Vladimir Poutine a lancé un programme de 1,7 milliard de dollars sur la création variétale (NBT), centré sur quatre grandes espèces : blé, orge, pomme de terre et betterave. Les Chinois, eux, ont déjà déposé 75 % des demandes de brevets sur les NBT depuis dix ans. Quant aux Américains, pragmatiques, ils ont signifié leur intention de ne pas réguler les variétés issues des NBT.

Périr ou être sauvé par la nouvelle Commission européenne von der Leyen ? Notre unique et seule chance est une mobilisation éclairée de nos politiques et gouvernements auprès de la Commission en faisant évoluer le droit européen sur les NBT. Sinon, c’en sera fini de notre trésor national !

Guillaume Vanthuyne
Président de C-S2B