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Gardons une interprofession organisée

La profession betteravière s’est toujours distinguée par la qualité de son organisation. Une des raisons qui me semble fondamentale repose sur le fait que, lorsqu’on investit 300 millions d’euros dans une sucrerie qui pour fonctionner doit fédérer plusieurs centaines d’agriculteurs, qui eux-mêmes doivent investir des sommes importantes (400 000 à 500 000 euros pour une arracheuse ou 1 000 euros de parts sociales de coopérative), il vaut mieux y aller en ordre de bataille…

Cela est valable qu’il y ait des quotas ou non. Je le dis pour ceux qui pensent qu’une filière organisée ne vaut que lorsque le marché est régulé. Au  contraire, face à la concurrence, aux évolutions de la demande des consommateurs, à l’ambition sociétale d’amélioration de nos pratiques industrielles et agricoles, il faut nous coordonner mieux. Rappelons à cet égard que, d’un point de vue global, notre industrie et notre agriculture sont toutes deux en difficulté, avec pour résultat des retombées  particulièrement négatives dans nos territoires ruraux.
L’idée de notre gouvernement de lancer un pacte productif est bonne, avec l’ambition de parier sur certains secteurs d’avenir. Cela peut surprendre mais les besoins d’innovation de ruptures, portées dans le cadre du rapport Potier destiné à orienter ce pacte productif, embrassent beaucoup de nos priorités :  développer l’agriculture de précision et le biocontrôle, décarboner l’industrie, encourager les carburants durables et les produits biosourcés…

« Ce n’est pas en y allant chacun de son côté que nous développerons notre filière »

Et c’est à notre interprofession de partager avec nos autorités la nécessité de parier sur notre secteur comme catalyseur de solutions. C’est une bonne chose que le président de la République ait demandé lors du Salon de  l’agriculture à nommer un délégué interministériel pour que notre plan stratégique de sortie de crise s’insère dans ces priorités.
C’est fondamentalement cela, l’avenir de notre interprofession : faire  converger les projets, concentrer les moyens et faire jouer les  complémentarités, intégrer notre secteur betterave-sucre-bioénergies à des politiques de plus en plus transversales (climat, santé, cohésion territoriale, environnement, transport, énergie…) et même ouvrir notre secteur sur le reste de la société…

Car ce n’est pas en œuvrant en vase clos ou en y allant chacun de son côté que nous développerons notre filière. En tant qu’agriculteurs nous sommes doublement responsables du bon fonctionnement de cette interprofession : 100 % de betteraviers, 90 % d’outils coopératifs. Il faut maintenant que notre interprofession, dont les moyens sont en baisse, s’entende sur un  projet, une organisation, ses priorités budgétaires, tout comme il est plus que temps pour la filière et sa crédibilité que des accords  interprofessionnels soient enfin signés.

Jean-Philippe Garnot
Président de l’association interprofessionnelle de la betterave et du sucre (AIBS)