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Janvier : les spéculateurs freinent toute reprise du marché

Le sucre a perdu 7% sur le mois de janvier, pour revenir autour des 13-14 cts/lb. Cela nous ramène aux niveaux de juin dernier, donc guère mieux que les niveaux déprimés de 2010. Chaque rebond du marché, depuis l’été dernier, est vite freiné par, à chaque fois, un retour des spéculateurs à la vente.

Et la situation prend une tournure exceptionnelle : la quantité de positions nettes vendeuses que les spéculateurs détenaient la semaine dernière est quasiment de 9Mt de sucre. C’est un record historique : cela représente 5% du sucre produit en une campagne dans le monde entier… Autant dire qu’avec un tel couvercle de plomb, il est difficile pour le sucre de reprendre des couleurs. Qu’est-ce qui poussent les spéculateurs à voir ce marché dans une spirale baissière à ce point ?

Ce ne sont que rarement les fondamentaux qui dictent les mouvements spéculatifs, mais il est vrai que l’Inde et la Thaïlande vont produire davantage en 2017/2018 : +9Mt à eux deux. Mais c’est oublier que dans quelques semaines commencera la nouvelle campagne brésilienne, qui devrait voir une allocation de la canne vers le sucre bien moins importante que vers l’éthanol, porté par un pétrole qui a gagné 40% depuis juillet. Et lorsque les Brésiliens diminuent la part de la canne dédié au sucre de 1 point (de 50% à 49% par exemple), cela représente 800.000t de sucre de moins de disponible sur le marché mondial.

Toujours est-il que le niveau du marché est bien bas, et la conversion empire encore les choses. Car voilà que les parités monétaires s’y mettent également. Alors que le sucre a perdu, en dollar, 32% depuis début 2017, il en a perdu 43% lorsqu’on le converti en euro ! Il faut dire que, dans le même temps, l’euro a gagné 20%, dans un mouvement qui s’amplifie ces derniers jours. Il faudra donc une belle reprise du marché, en dollar, pour le voir de notre côté de l’Atlantique. Le marché européen (spot) est en effet passé sous les 330€/t sortie sucrerie française, ce qui représente un prix de betterave, calculé dans les conditions sous quota, autour de 21-22€/t hors pulpe. C’est l’effet direct du marché mondial, et fournir le sud de l’Europe (Espagne et Italie), se fait déjà à un prix, départ sucrerie française, équivalent à la vente de sucre sur le marché mondial…

Où trouver un peu d’espoir, alors que les facteurs baissiers semblent ainsi bien extérieurs à la filière ? Tout d’abord du côté de l’éthanol : comme on l’a vu, il grimpe au Brésil, et devrait se présenter comme un facteur haussier. Mais pour cela, il faudrait que les spéculateurs aillent un peu voir ailleurs… Leur position est telle qu’ils représentent ainsi, désormais et de manière paradoxale, le plus fort potentiel haussier dans les semaines à venir !