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La France et l’UE abandonnent-elles leurs betteraviers ?

Le 27 avril 2018 risque d’être une date qui comptera dans l’histoire de la filière betterave-sucre. C’est le jour où la Commission européenne, avec l’appui de plusieurs États-membres, a décidé d’interdire l’utilisation de trois néonicotinoïdes : la clothianidine, l’imidaclopride et le thiaméthoxame, en pleins champs. Les deux derniers produits sont  utilisés en enrobage de semences sur la totalité des betteraves françaises pour lutter contre les pucerons vecteurs de la jaunisse virale, qui peut causer jusqu’à 50 % de pertes dans certaines régions.

Cette décision a été prise avec le soutien du représentant de la France, premier pays betteravier et pays très exposé à la jaunisse. Nous avons passé plusieurs mois à expliquer les enjeux autour de l’utilisation des néonicotinoïdes pour les betteraves aux administrations françaises et européennes. Ces molécules ont une grande efficacité pour protéger la betterave, avec un impact minimal sur l’environnement et les abeilles. Continuons à rappeler que la betterave ne produit ni fleur ni pollen pendant son cycle de production. Les néonicotinoïdes en enrobage  de semences de betteraves, sont gages de betteraves en bonne santé et d’une préservation des populations de pollinisateurs.

Ces éléments ont été confirmés par les rapports des agences sanitaires françaises et européennes. Ainsi, cette interdiction dogmatique est elle un pas en arrière pour l’agroécologie prônée depuis de nombreuses années par les autorités françaises. En plus, cela conduit les betteraviers dans une impasse  car les solutions alternatives n’existent pas. Les traitements foliaires à base de pyréthrinoïdes et de carbamates sont quasiment inefficaces et néfastes pour les populations d’insectes auxiliaires.

Cette interdiction des néonicotinoïdes est un pas en arrière pour la durabilité

Monsieur le président de la République, Monsieur le ministre de l’Agriculture, vous aviez promis de ne pas mettre les agriculteurs dans des impasses techniques. C’est précisément ce que vous êtes en train de faire ! Et ce sont des régions betteravières entières, des usines et des emplois que vous menacez par ce type de décision. Plus que de l’incompréhension, c’est de l’exaspération, de la colère même, qui monte des campagnes betteravières. Monsieur le président de la République, Monsieur le ministre de l’Agriculture, la filière betteravière est engagée à améliorer ses pratiques, elle est engagée dans la recherche d’alternatives. Nous avons toujours été responsables pour promouvoir des pratiques durables. Mais trop, c’est trop.

Il reste encore une possibilité pour avoir une dérogation à cette décision pour la betterave, selon l’article 53 du règlement 1107/2009 et la loi sur la biodiversité. Monsieur le président de la République, Monsieur le ministre de l’Agriculture, les vingt-six mille betteraviers comptent sur votre soutien pour permettre à la filière betterave-sucre française de pouvoir continuer à valoriser durablement la richesse de nos territoires.