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Marché du sucre en janvier : coup de folie sur les marchés, sans effet en Europe ?!

Le mois de janvier a été un mois complétement atypique sur les marchés !

Commençons par les données macro-économiques. Malgré les tensions au Moyen-Orient, le pétrole a perdu 13 % et le baril de Brent vaut moins de 55 US$ : on n’avait pas vu cela depuis un an. Le coronavirus, qui fait craindre à un ralentissement de l’économie mondial, est passé par là. Le transport maritime (indice Supramax, celui le plus utilisé dans le sucre) a perdu 11 % de sa valeur. Les monnaies des pays émergents plongent, et le Réal perd 4 % : il faut 4,28 BRL pour avoir 1 US$, ce qui ne s’est jamais vu. Même le soja a perdu 5 % sur le mois.

Et malgré cela, le sucre brut gagne 5 % en dollar, et dépassait même les 15 cts/lb en séance, le 31 janvier. La faible disponibilité en sucre blanc fait exploser la prime de blanc de 33 % sur le mois, pour revenir autour de 85 US$/t. Le sucre raffiné dépassait même les 415 US$/t le 3février : un record depuis 2 ans et demi !

Les fondamentaux agissent enfin. Le déficit mondial est prédit au-dessus de 10 Mt, mais il va peut-être falloir à nouveau le revoir : la production thaïlandaise, initialement prévue autour de 12,5 Mt(contre 14,8 Mt l’an dernier) pourrait atteindre tout juste les 10 Mt. L’Inde ne dépasserait pas les 28 Mt : c’est 7 Mt de moins que l’an passé !Et les stocks chinois et européens restent au plus bas…

La grande question est maintenant de savoir quelle proportion de canne les Brésiliens alloueront à l’éthanol, à l’ouverture de leur campagne en avril. Mais ce n’est plus aussi facile de répondre à cette question que par le passé. En effet, bien que, pendant la campagne passée, 65 %de la canne brésilienne ait fait de l’éthanol (et que l’origine maïs de l’éthanol représente désormais 7 %, contre moins de 1 % en 2016), les stock ssont au plus bas et les prix de l’éthanol au Brésil sont à un niveau record, jamais vu par le passé !

Enfin, pour couronner le tout, les spéculateurs, nets-vendeurs de sucre depuis 2 ans et demi, deviennent net-acheteur de près de 3,3 Mt !

Bref, un mois complétement fou sur les marchés. Et pourtant, en Europe, rien ne change. Les prix de vente de sucre sur le territoire européen restent désespérément plats. Le sucre avait été négocié à prix fixe,en 2018, à des prix non rémunérateurs pour la filière européenne, et le prix de vente de sucre sur l’Union reste à 321 €/t selon la dernière valeur de l’observatoire européen, en novembre dernier. Le mensuel allemand Die Zucker Rübenzeitung, publié par VSZ pour les planteurs allemands livrant Südzucker, précise même que ces contrats devraient durer jusqu’à… octobre 2020 ! 

Alors que la filière européenne est exsangue, les ventes de sucre sur l’Union, à prix fixe et sur longue durée, vont-elles nous empêcher de profiter de la reprise du marché mondial ? On est bel et bien en droit de le craindre…