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Marché du sucre : le niveau le plus bas depuis 12 ans est atteint en avril, mais l’Europe résiste…

Le Covid-19 poursuit son travail de sape : après l’hécatombe de mars, avril n’a pas été plus réjouissant sur les marchés mondiaux du sucre. Au contraire, cela a été un nouveau mois de record : le sucre brut est resté cinq jours consécutifs sous les 10 cts/lb et il a clos sous 9,3cts/lb le 27 avril : du jamais-vu depuis 12 ans. Le sucre raffiné s’en sort guère mieux : en terminant le mois autour de 340 $/T, il est 100$/T de moins que ce qu’il était deux mois auparavant…

Avec l’expiration de l’échéance de mai, les cours ont légèrement rebondi, mais restent autour de 10 cts/lb. Et on voit mal un retournement de tendance, car le contexte macroéconomique est très lourd.

Le pétrole peine à dépasser les 30 $/baril, et la monnaie brésilienne reste à un niveau record de faiblesse face au dollar, proche de 5,75 BRL/$. L’éthanol brésilien continue sa chute (- 4 % à nouveau en avril), et, même si le marché mondial du sucre descendait autour de 8-9 cts/lb, la canne serait mieux valorisée sur ce débouché que sur celui de l’éthanol domestique ! Le gouvernement brésilien a beau annoncer vouloir accompagner la filière éthanol, la chute de sa monnaie rend la tâche difficile… Et d’ailleurs, le sucre, lorsque libellé en réal, ne baisse pas : il a même gagné 4 % sur le mois !

Du coup, les spéculateurs n’anticipent pas de reprise, et l’empêchent : ils terminent le mois vendeurs nets de 4 Mt.

La contraction mondiale de sucre blanc est pourtant réelle. D’ailleurs, la « prime de blanc » (différence entre le sucre brut et le sucre raffiné) l’illustre : elle est au-dessus de 100 $/T, contre 60 $/T en moyenne la campagne précédente. En effet,  l’Inde produira 7,6 MT de moins cette année que l’an prochain, la Thaïlande 6,4 MT de moins, et l’Europe ne produira guère davantage de 17,5 MT. C’est donc toujours sur une campagne en déficit que l’on s’oriente, même avec une consommation atone. Bref, la crise du Covid-19 aura eu pour effet de nous placer dans des prix au plus bas depuis 12 ans, malgré un déficit qui s’annonce le plus important depuis 2015 !

Côté européen, les craintes d’une contagion de ces cours déprimés concernent davantage la campagne à venir. Les stocks européens sont bas, et la production européenne s’annonce faible : cela devrait être des signes encourageant en termes de fondamentaux. Cela sera-t-il suffisant face à la pression de ce marché mondial si déprimé ?