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Valorisons le potentiel carbone de la betterave !

Le changement climatique, qui est aujourd’hui une réalité, va rendre notre activité de betteraviers plus compliquée : il faudra plus souvent faire face à des événements climatiques extrêmes, à une pression parasitaire différente, à l’arrivée de nouvelles adventices et, en conséquence, à une plus grande variabilité de nos rendements.

Le premier enjeu est de maintenir l’éventail des solutions dont nous disposons pour protéger nos cultures et par ricochet nos filières ! Il faut donc que nos autorités adoptent une posture de responsabilité : il n’est ainsi pas acceptable de se retrouver dans des impasses techniques, induites par des interdictions réglementaires franco-françaises.

Le deuxième enjeu se conduira avec les instituts techniques. Nous devrons être plus précis dans nos choix et nos interventions : variétés adaptées à l’historique sanitaire, à la situation hydrique de nos parcelles, optimisation des intrants, utilisation des OAD pour traiter ou irriguer au mieux. Et puis il y a l’enjeu de l’investissement dans la recherche car il faut trouver au plus vite des solutions au charançon, à la teigne, à l’ambroisie ou encore à la jaunisse.
Le plan stratégique que nous avons déposé sur le bureau du ministre il y a deux mois, et pour lequel nous attendons des réponses, fait largement référence à un besoin d’accompagnement public. Les semenciers betteraviers sont européens. Ils réalisent un travail colossal depuis de nombreuses années pour améliorer les variétés que l’on trouve dans nos champs. Le programme Aker arrive à son terme et va considérablement élargir la variabilité génétique des futures variétés. Toutefois, encore faut-il que la réglementation, à l’échelle européenne ou française, ne prive pas les semenciers de l’usage de toutes les technologies disponibles, en particulier les plus innovantes et prometteuses. Elles constituent notre meilleur atout pour répondre demain aux attentes sociétales de réduction des intrants. Là encore, l’Union européenne serait bien mal inspirée de se recroqueviller en se privant des dernières avancées scientifiques.

 » Il faudra faire face à une plus grande variabilité de nos rendements « 

En plus de ces leviers techniques, il ne faut pas oublier l’assurance récolte ! Avec un dimensionnement adapté aux exploitants de grandes cultures, c’est-à-dire un seuil de déclenchement à 20 %, le gouvernement ferait le bon choix pour enfin faire passer un cap à cet outil sur l’utilité duquel tout le monde s’accorde.
Et puis il y a un sujet autour de la valorisation du potentiel carbone de la betterave. Les filières grandes cultures se sont engagées dans la démarche bas carbone pour faire reconnaître les atouts et la contribution positive des grandes cultures dans la lutte contre le changement climatique au travers du stockage du carbone. Ce sujet doit être traité au niveau de la filière. La production de bioéthanol et même de biogaz à partir des pulpes de betteraves permet d’ores et déjà à notre filière de réduire ses émissions de gaz à effet de serre. Il faut maintenant que les politiques publiques favorisent l’émergence de modèles économiques qui valorisent réellement la contribution de l’agriculture à la lutte contre le réchauffement climatique.

Alexandre Pelé
Président de la commission durabilité de la CGB.