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Il nous faut des vraies solutions pour lutter contre les pucerons

Depuis la fin du régime des quotas, la culture de la betterave sucrière est durement éprouvée par un contexte des marchés du sucre volatile mais également par une situation agronomique et réglementaire qui pèsent fortement sur la rentabilité économique de cette culture pour les exploitations betteravières, pouvant mettre à mal cette filière.

Depuis quelques semaines, alors que les betteraves étaient à peine levées, les planteurs doivent faire face à une forte présence des pucerons verts dans leurs parcelles. Ces pucerons sont vecteurs de la jaunisse, un virus qui ne s’exprimera que cet été et qui peut impacter fortement le rendement de la culture (30 à 50%). Cette infestation est inédite, tant dans son intensité que par sa précocité. Elle est la conséquence d’un hiver très doux qui n’a pu réguler naturellement la population de pucerons, mais aussi de l’interdiction des néonicotinoïdes dans l’enrobage des semences.

Face à cette situation inédite, les pouvoirs publics ont su réagir rapidement à la demande de la CGB appuyée par son institut technique, l’ITB, en permettant la modification de l’autorisation de mise sur le marché d’un insecticide (le Teppeki) afin de permettre un usage sur la culture à un stade plus précoce. Une deuxième demande de dérogation est en cours pour palier à l’urgence de la situation de l’année, concernant la possibilité d’appliquer un traitement insecticide supplémentaire pour couvrir, en cas de besoin, toute la période de sensibilité des betteraves aux pucerons verts, c’est-à-dire jusqu’à la couverture du sol.

Même si ces interventions phytosanitaires complémentaires s’avèrent nécessaires pour protéger notre culture et pour espérer contrôler la situation, elles ne peuvent nous satisfaire, tant d’un point de vue environnemental qu’économique, et menacent la pérennité de la filière.

Comment se satisfaire de 3 ou 4 traitements insecticides en végétation, avec une efficacité moindre, dans un contexte sociétal où il est de plus en plus compliqué de sortir le pulvérisateur, dans un contexte où l’on encourage la réduction de l’usage des produits pharmaceutiques ? Quelle sera l’évolution des indicateurs NODU, IFT pour notre culture. Dans les analyses qui pourront être faites de ces chiffres, il ne faudra pas en oublier l’origine : une décision réglementaire dogmatique ayant conduit à la suppression des néonicotinoïdes en traitement de semences des betteraves.

Comment se satisfaire de 3 ou 4 traitements insecticides en végétation qui font exploser les coûts de production de la culture, dans un contexte économique fragile au niveau des exploitations agricoles et de la filière ? La rentabilité de la culture est mise à mal. Les prix de betteraves proposés aux planteurs ne sont plus suffisamment rémunérateurs et les charges augmentent.

Nous tenons à alerter les pouvoirs publics, sur les menaces qui pèsent aujourd’hui sur la pérennité de la filière betteravière. Nous identifions un mécontentement et un découragement fort des planteurs vis-à-vis de la culture de la betterave qui a pourtant été un des fleurons de notre agriculture française. Baisse de surfaces et arrêts de production pour cette culture sont dans de nombreux esprits. Quatre sucreries viennent de fermer en France. Il est indispensable de conserver les outils locaux qui nous restent.

Aussi, après deux ans de mise en œuvre, la question de la pertinence de l’interdiction des néonicotinoïdes en traitement de semences des betteraves mérite de se poser de nouveau. Au regard des conséquences environnementales et économiques engendrées par les solutions qui se voulaient être alternatives et devaient permettre de sortir de l’impasse technique, de nouvelles perspectives doivent être étudiées.

A l’heure où 15 des 19 pays producteurs de betteraves sucrières de l’Union européenne bénéficient de dérogation pour utiliser des néonicotinoïdes en traitement de semences pour leurs betteraves, voire pour des traitements en végétation, il faut retrouver du pragmatisme dans les décisions, peser les conséquences des choix qui sont faits et être capables d’analyser les bénéfices et les risques pour une plante qui ne fleurit pas pendant la période à laquelle elle est cultivée…

Alexandre Pelé,
Vice-Président de la CGB
Président de la Commission Durabilité de la CGB